HOLD-UP
La masterclass d'Ocean pour braquer Universal, Khaby qui devient milliardaire sans parler, Lebron sauveteur d'un... bracelet & les footballeurs qu'on recrute sur Insta... C'est le Presk #63.
ÉDITO
J’aime être dans la position de celui qu’on ne voit pas venir.
Le gars dans son coin dont on ne se méfie pas et qui d’un coup sort du bois : TADAAA ! En fait, c’était MOI le tueur depuis le début ! Haha !
J’sais pas, y a un effet surprise du chef qui me plaît. Ce p’tit frisson de la révélation finale, mix de frustration, de rage et de jouissance. Une manière comme une autre de se venger de la charge mentale que les autres font peser sur nous avec leur vanité quotidienne.
À MON TOUR DE PRENDRE LA LUMIÈRE !
Bon, à l’instant T, les seuls moments où j’ai pu faire ça sont une partie de loups-garous animée et le jour où j’ai eu mon Bac par alignement des planètes. J’ai évidemment fait comme si j’avais fomenté un plan très structuré depuis mon arrivée en maternelle. Dans les faits, j’avais juste eu une énorme moule. Ça compte.
Je crois aussi que les films m’ont pas mal matricé à ce niveau.
J’me souviens de la révélation de Scream, de celle de 6e Sens ou d’Identity. De cette claque Shutter Island, de la scène post-générique de Split ou de cet enfoiré de Verbal Kint. Ouais, j’aime aussi me faire balader et ne rien trouver d’autre à dire que :
AH L’BÂTARD !
Contrairement à une bonne intro, une excellente fin rattrapera toujours une histoire moyenne.
C’est elle qui marque le souvenir.
Elle qui impose le ressenti.
Et qui décide de la qualité de l’ensemble.
Mais j’sais pas trop si on peut encore nous mettre sur le cul actuellement. Tout a tellement été fait, tout a tellement été dit… Quoi qu’il arrive, mon parti pris ne changera pas. J’ai pas envie de disséquer une intrigue, pas envie d’être celui qui a tout cramé au bout de 10 min (insupportables ces gens), pas envie de savoir où on m’emmène et de m’auto-saboter le kif.
Alors, je vais continuer d’essayer de surprendre, voire de faire semblant d’être surpris.
Parce qu’il n’y a pas grand-chose de plus puissant pour maintenir un intérêt que le mystère d’une fin.
Sans ça, pof… il s’envole.
Presk.
OCEAN ONE
BUSINESS : et Frank Ocean bouffa Def Jam.
2009.
Frank Ocean signe chez Def Jam (Universal). Le Graal ? Non… le placard. Le label, déjà pas vraiment emballé par le charisme du bonhomme, ne pipe rien à son R&B mélancolique. Ils le laissent pourrir sur une étagère, sans budget, sans sortie. Pour exister, Frank doit leaker sa propre mixtape (Nostalgia, Ultra) gratuitement sur le web.
Le succès est tel que Def Jam revient en rampant…
Mais Franky n’a pas oublié et, tel l’enfant illégitime de Keyser Söze et John Wick, il prépare méthodiquement sa vengeance durant quatre ans.
//Août 2016.
Frank doit encore un dernier album à Def Jam pour se libérer de son contrat. L’attente des fans est à son paroxysme, ça fait des années qu’il n’a rien sorti.
//19 août. LE LEURRE.
Il sort Endless en exclusivité sur Apple Music. Un album concept visuel : une vidéo en noir et blanc de 45 min où on le voit construire un escalier en colimaçon. C’est beau, c’est lent, c’est… c’est là quoi, surtout, ça répond totalement à la définition juridique d’un album. Def Jam applaudit l’artiste. Le contrat est rempli. Ciao Frank, par ici la sortie.
//20 août. L’EXÉCUTION.
24 h plus tard. Le temps que l’encre de la résiliation sèche. Frank sort Blonde. Le VRAI album secrètement produit en parallèle d’Endless. Un chef-d’œuvre. Sauf que Blonde ne sort donc pas chez Def Jam, mais sous son propre label indépendant → Boys Don’t Cry.
Pendant que Def Jam récupère les miettes d’Endless (un projet invendable en physique). Frank Ocean rafle tout avec Blonde, garde 100% des droits masters et touche environ 70% des revenus (contre les 15/20% habituels en major). En une semaine, il encaisse ce qu’il aurait mis une décennie à gagner sous contrat. Le PDG d’Universal, Lucian Grainge, prend tellement la haine qu’il bannit les exclusivités de streaming le lundi suivant.
Trop tard. Ocean s’est tiré avec la recette du Bellagio.
→ INSIDE MAN
Le coup le plus rusé que le diable ait réussi, c’est de convaincre tout le monde qu’il n’existe pas.
Franky goes to Hollywood !
KHABYLLIONAIRE
CREATOR ECONOMY : le cash-out ultime de Khaby Lame.
Je n’arrive pas à savoir si ce qui vient de se passer avec Khaby Lame est l’un des mouvements les plus cyniques ou brillants de l’histoire de la Creator Economy.
Le gars vient de céder le contrôle de sa société d’exploitation (Step Distinctive Limited) à une holding basée à Hong Kong et cotée au Nasdaq, Rich Sparkle Holdings. Montant du deal : 975 M $ (payés majoritairement en actions). En signant ce papier, l’ancien ouvrier de Turin, qui a commencé ses vidéos dans un HLM pendant le confinement, pèse désormais quasiment un milliard $.
//POURQUOI LUI ?
Comment un type qui ne dit pas un mot a-t-il pu braquer l’attention de 160 M de personnes ?
Khaby est l’antidote à la bêtise du web. Pendant des années, Internet nous a gavés de life hacks compliqués, de coachs sur-vitaminés et d’influenceurs plastiques. KL est arrivé avec deux armes qui manquaient cruellement : le silence et le bon sens.
L’UNIVERSALITÉ.
En ne parlant pas, il a brisé la barrière restrictive de la langue. Son geste d’agacement se comprend aussi bien à Dakar qu’à New York ou Tokyo. Résultat → il a globalisé son audience instantanément sans dépenser le moindre putain de centime en traduction.L’EFFET MIROIR.
Il ne se moque pas des vidéos, il incarne notre réaction face à elles. Quand il écarte les mains d’un air désabusé, il valide ce que tout le monde pense tout bas : Mais pourquoi vous vous compliquez la vie ? C’est un peu le vengeur masqué qui tape sur la complexité inutile et faussement game changer.
//LE PACTE FAUSTIEN
Dans le contrat à 975 M, Khaby n’a pas juste vendu sa boite. Il a vendu son Digital Twin. L’accord autorise Rich Sparkle à utiliser son visage, ses expressions et sa gestuelle pour entraîner une IA. L’objectif : Créer un Khaby virtuel capable de tourner des pubs, faire des livestreams et vendre des produits dans 50 langues simultanément, 24h/24, sans que le vrai Khaby ne quitte son canapé.
Khaby Lame devient donc officiellement une mascotte comme le Bonhomme Michelin ou Colonel Sanders. Est-ce une perte d’identité ? Totalement. Il ne s’appartient plus et sa tête va servir à vendre des poubelles à couches.
Mais, ça reste quand même très malin. Parce qu’il a compris que son image était une commodité périssable soumise à son exposition et à sa capacité de rebond. Il l’a donc vendue au prix fort avant que la hype ne retombe. Son avatar va désormais bosser à l’usine pendant que lui encaissera les dividendes.
Tout ça grâce à UN geste au bon moment.
Quel talent... Quel talent ?
INFLUENCE ELEVEN
SOCIAL NETWORK : mieux vaut une grosse communauté qu’un bon pied.
Je suis un romantique… du football.
Et ce football-là n’existe plus depuis un moment déjà.
Avant, quand un club signait un joueur, la première question était : Qu’est-ce qu’il peut nous apporter sportivement ? Aujourd’hui : Combien de followers il va nous apporter ?
//INFLUENCE IS THE NEW WAY
Il est loin le temps où les scouts arpentaient les terrains boueux les plus sordides pour dénicher LA pépite sur laquelle personne ne s’était encore arrêté. Avec l’avènement des RS et le développement du foot business, le recrutement sportif s’est transformé en recrutement… d’audience. Pourquoi payer 50 M pour un potentiel crack inconnu qui aura besoin de 2 ans d’adaptation pour éclore, quand tu peux prendre un joueur moyen avec 10 M d’abonnés sur Insta qui t’assure un effet de levier business immédiat ? Il remplit le stade, il fait exploser le compte TikTok du club et il rassure les sponsors. La performance sportive est devenue un bonus.
Quand Cristiano Ronaldo signe en Arabie Saoudite, Al-Nassr n’achète pas un ailier gauche vieillissant, mais une régie publicitaire mondiale visant à doper l’image d’un championnat dont tout le monde se branle, mais qui veut s’incruster à la table des références en place. En 24h, le compte Insta du club est passé de 800k à... 10 putains de M d’abonnés. Le salaire mirobolant de Ronaldo n’est pas une dépense sportive, c’est un budget com. Le club s’est offert la plus grosse vitrine possible pour le prix d’un transfert.
//RAPPORT DE FORCE INVERSÉ
Les joueurs ont compris qu’ils étaient devenus des médias plus puissants que les clubs qui les emploient. Un peu comme un compte LinkedIn vs une page entreprise. Ils arrivent avec leur propre communauté (souvent plus grosse que celle de leur employeur) et imposent leurs règles sur les droits d’image. Ils utilisent la pression des réseaux pour forcer un départ ou obtenir une augmentation.
Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises préféreront d’ailleurs signer un collaborateur qui arrive avec une communauté, plutôt qu’un expert invisible. Parce que le salaire se transforme en investissement marketing. Si tu as 20k abonnés sur LinkedIn et que tu parles de ta boite, tu deviens un canal d’acquisition gratos. Tu leur fais économiser du budget pub simplement en existant. De quoi négocier ton TJM à la hausse ou trouver un job sans envoyer de CV.
N’est-ce pas là la meilleure raison de s’y coller ?
A. WILL SURVIVE
TECH : comment Lebron a sauvé un homme.
La réalité des success stories, c’est souvent un mec seul, au bord du gouffre, attendant un miracle qui, dans 99% des cas, n’arrive jamais. Pour Will Ahmed, le fondateur de Whoop, le miracle portait un maillot des Lakers.
//TRAVERSÉE DU DÉSERT
Nous sommes vers 2015. Le marché des wearables est saturé par Fitbit et Apple. Tout le monde parie sur des écrans OLED, des notifications. Will Ahmed, lui, arrive avec un concept ambitieux pour l’époque : un bracelet en tissu, moche, sans écran, qui ne donne même pas l’heure. Son pitch : On ne vous distrait pas, on vous analyse. La réponse du marché est à la hauteur de son culot : glaciale. Will encaisse plus de 100 refus d’investisseurs. Les fonds sont à sec. La boîte est virtuellement cramée. Personne ne veut d’un tracker invisible.
//L’ALIGNEMENT DES PLANÈTES
À quelques jours de la faillite, une pub pour Kia passe à la télé nationale aux US. LeBron James est au volant d’une voiture de la marque et un détail sur son poignet va attirer l’œil de tous les geeks de la tech. Il porte un Whoop. Pas parce qu’il est payé (Whoop n’avait plus un rond), mais parce que son trainer, Mike Mancias, lui en a filé un et que LeBron, à l’instar d’un Cristiano, est obsédé par sa data de récupération. Ce jour-là, il avait simplement oublié de l’enlever pour le tournage.
Le téléphone de Will se remet à sonner. Si l’un des corps les plus chers de l’histoire du sport confie sa santé à ce petit bracelet austère, c’est que la tech est valide. Les investisseurs sortent le chéquier. La machine est lancée.
Aujourd’hui, la startup est valorisée à 3,6 milliards de dollars. SoftBank a posé un chèque de 200 M sur la table pour entrer au capital et les athlètes ne se contentent plus de jouer les VRP de luxe, mais investissent eux aussi. Kevin Durant, Patrick Mahomes, Rory McIlroy…
//LA CHANCE SOURIT AUX audacieux SURVIVANTS
On peut parler de stratégie, de vision, de product-market fit de mon cul… Mais, sans ce coup de bol monumental, Whoop ferait partie du cimetière des ex-startups indispensables au monde.
Ceci dit, ce sont aussi les actions passées d’Ahmed et son obstination qui lui ont permis de bénéficier de ce good karma. Il a eu la patience (ou la folie) de s’entêter sur son idée quand tout le monde s’en battait les steaks.
Et survécu assez longtemps pour laisser une chance à la chance d’arriver.
C’était le Presk #63, soit pile celui qui arrive après le #62 (meilleur épisode EVER) et qui annonce inévitablement le #64.
Merci à ceux nous ayant rejoints cette semaine : Nathan, Julia, j’déconne.
J’en profite pour remercier également ceux sans qui rien de tout ça n’aurait été possible : Henry Teuchat, Lisa Teubit et Georges Luque.
On se retrouve vendredi prochain pour continuer d’entretenir l’idée que si la chance sourit aux audacieux, elle tape surtout sur les audacieux qui ont de la chance.
Enfin…
PRESK.
* On est déjà 7 sur RUSHES (mon groupe privé) → ACCÈS ILLIMITÉ 150 €.





J'croyais que c'était de s'habiller en Prada 😄
Choqué pour Khaby. Je comprends le mouv' mais moins les valeurs derrière. Je me demande comment il le vivra avec le temps.
Frank et le whoop nous montrent encore à quel point penser et agir avec convictions peuvent emmener loin. Merci de nous transmettre ces histoires.