INTOUCHABLES
La machine à cla$h Booba / Ferrari qui s'écroule avec son électrique au design foireux / Un joueur de foot qui fait la Coupe du Monde grâce à LinkedIn... C'est le Presk #77.
ÉDITO
Je ne veux pas être un produit de mon environnement. Je veux que mon environnement soit un produit de moi. — Frank Costello, Les Infiltrés
que des NUMÉROS 10
dans sa team
Génie intouchable, ennemi public… Il n’y a pas de zone grise autour de B2O. Et c’est exactement pour ça que ça marche. Car pendant que le badaud s’écharpe sur ses frasques et parie sur quelle célébrité va bouffer de sa machette, la machine de Boulogne encaisse, et elle encaisse FORT.
Trop facile de le réduire au rang de simple rappeur bourrin à l’insulte compulsive, coincé dans la cour du collège privé Saint-Louis de Mescouyes depuis trop longtemps, tant il a su ériger sa polarisation en modèle d’affaires inébranlable.
Dans une industrie musicale où les carrières se consument aussi vite qu’une trend TikTok et où l’obsolescence programmée est la règle, sa longévité relève de la quasi-anomalie. Plus de vingt ans au sommet... VINGT ANS ! Et bien plus que de survivre à l’évolution du game, il en est devenu le parrain.
Comment un mec qui ne vient même pas de la street s’est approprié cet environnement au point d’en devenir la référence ultime.
1. Le clash comme tunnel de vente
Le clash n’a rien d’une perte de contrôle émotionnelle chez Booba, c’est juste un calendrier édito. Si tu superposes la courbe de ses conflits publics avec celle de ses sorties commerciales, tu remarqueras un alignement clinique. Chaque pic d’agressivité sert de rampe de lancement pour un nouvel album, une date de tournée, ou la mise en orbite d’une recrue sur le label 92i.
Une aisance pour la communication qu’il doit plus à sa maîtrise du rebond qu’à un don inné pour le buzz. Ayant toujours plus ou moins été en opposition avec les radios mainstream, notamment Skyrock, qui n’ont jamais consenti à le mettre en avant, Booba a dû s’adapter pour trouver un terrain d’exposition propice à la diffusion de ses punchlines. Et plutôt que de payer des campagnes d’affichage ou de supplier les programmateurs, il a utilisé la puissance des réseaux sociaux pour placer des attaques ciblées générant des millions de vues organiques.
Lors des apogées de ses clashs (comme l’épisode de l’Octogone), les retombées médiatiques ont mécaniquement propulsé l’intégralité de son back-catalogue dans le top des plateformes de streaming. Ses “ennemis” sont devenus des attachés de presse bénévoles qui servent la seule chose qui l’intéresse : L’ACQUISITION.
*Tous ses comptes Instagram sont bannis depuis 2020.
2. La data ne ment pas
Toute cette stratégie d’attention pourrait n’être que du vent si elle ne convertissait pas. Mais, qu’on la cautionne ou pas, les chiffres autour de son marketing agressif prouvent qu’elle fonctionne :
Le volume : Plus de 3 millions d’albums vendus en carrière, le plaçant dans le top 4 historique du rap français.
Le plafond de verre : L’album Trône (2017) certifié Disque de Diamant (franchissant le cap des 500 000 équivalents ventes).
La force de frappe en live : 81 000 spectateurs au Stade de France en septembre 2022. Un guichet fermé réalisé sans matraquage promotionnel traditionnel, prouvant sa capacité à mobiliser sa communauté.
La longévité face au streaming : ULTRA (2021) certifié Disque de Platine très rapidement après sa sortie. Avec plus de 50 singles d’or à son actif, je crois qu’on peut parler de braquage.
*Source : SNEP.
3. Contrôle de l’infrastructure
Booba ne s’est jamais contenté d’être un produit ; il a construit l’usine, celle qui ne voulait pas de lui. Tallac Records, Unkut, DCNTD, la création d’OKLM à une époque... Il a appliqué une logique d’écosystème fermé qui revient à créer ses propres labels et ses propres médias pour dicter la narration, le merchandising. Du direct-to-consumer qui supprime les intermédiaires et crée un sentiment d’appartenance sectaire (La Piraterie) le rendant totalement invulnérable à la validation des médias traditionnels.
4. 0 nostalgie
Sa présence ininterrompue au sommet s’explique aussi par sa capacité à tuer ses propres codes et ceux qui les incarnent (en les clashant... toujours). Quand d’autres crachaient sur l’autotune, l’afro-trap ou la drill, il s’en est emparé. Bénéficiant également d’une excellente capacité à avoir du pif pour signer les artistes émergents avec lesquels… il clashe quelques mois après. À la manière d’un Kanye West, il est à l’origine de beaucoup, BEAUCOUP de carrières (Damso, SDM, Gradur...).
Un DA impitoyable qui a vite compris qu’en business, comme en musique, l’immobilisme peut très vite te condamner à mort.
5. L’anti-héros-héros
Booba a pris le rôle du méchant… mais gentil, un peu. Quoiqu’il en soit, ça reste compliqué de détruire une réputation à cause d’une forme de transgression quand elle s’est elle-même construite avec et que le tout est parfaitement assumé. Surtout quand tes prises de position démontent aussi des personnalités clivantes, qu’elles soutiennent des causes nationales ou qu’elles crachent sur un parti politique aux idées… discutables (Hanouna, Magali Berdah, le RN…). Certains jugeront les cibles faciles, mais probablement idéales pour s’attribuer des airs de Robin des Bois du ghetto qui intervient quand tous les autres baissent les yeux.
On peut détester la méthode. On peut trouver le personnage insupportable, toxique, excessif et définitivement too much. La réalité, c’est que Booba a largement dépassé le statut d’artiste ou d’entrepreneur pour devenir une institution qui a vampirisé son époque. Il a écrit les règles du jeu, racheté le plateau et fait payer un loyer à tous ceux qui ont essayé de s’installer après lui.
Il est incontestablement le taulier du rap français.
À aboyer sans mordre, tu vas te casser les dents. Avant de les détruire, je laisse parler les gens. J’n’aurai jamais d’tour d’ivoire, je n’tue pas l’éléphant - BOOBA
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Tu pourras profiter de l’été pour revoir l’intégralité de ta communication et apprendre à clasher Hanouna (entre autres) : DIRCUT SUMMER SESSION 2026.
COLORS
Financé par Benetton, Colors a sorti le magazine de mode de sa bulle de superficialité pour le confronter à la brutalité du réel : racisme, maladie, guerre. Sans aucune publicité classique, il a réinventé le trimestriel engagé en utilisant le choc visuel comme unique vecteur de signal. Il a cessé d’être publié en 2014.
Et pendant ce temps-là…
Roberto Carlos Lopes, dit Pico Lopes, défenseur de 34 ans d’origine irlandaise, dispute sa première Coupe du Monde sous les couleurs du Cap-Vert. Jusque-là, rien de fou. Sauf que le natif de Dublin a confié qu’il avait été recruté par la sélection africaine… via LinkedIn.
« J’ai été contacté pour rejoindre l’équipe nationale via LinkedIn. Il s’agissait d’un profil que j’avais créé quand j’étais à l’université, il y a de nombreuses années. Et le sélectionneur de l’époque, Rui Aguish, m’a contacté en m’envoyant un message en portugais, que je ne comprenais pas à ce moment-là. Du coup, par méconnaissance, je l’ai ignoré. Je pensais simplement que c’était un spam. Je n’y ai pas prêté attention. Mais heureusement, neuf mois plus tard, il m’a recontacté en anglais. J’ai alors compris le sens de son message. Je me suis tellement excusé auprès de lui, et je lui ai dit que si l’opportunité de jouer en équipe nationale du Cap-Vert était toujours d’actualité, j’adorerais en faire partie. Et heureusement, c’était le cas. Je crois que quelques semaines plus tard, nous avons réglé les formalités administratives et je jouais déjà pour eux à Marseille contre le Togo. »
Si Pico Lopes, un irlandais qui ne publie pas parvient à être sollicité sur LinkedIn pour évoluer sous les couleurs du… Cap-Vert, puis participer à la Coupe du Monde, je crois qu’on peut définitivement statuer sur le fait que tout est possible et que tu ne perds rien à créer du contenu.
Sur un malentendu…
Quand Ferrari électrise ses fans
Jusqu’ici, on s’était plutôt habitués à voir des marques sans envergure se plier à cette sale dictature du lissage sans risque... et sans résultat. Mais quand une institution de 78 ans décide de s’amputer publiquement de son ADN pour séduire la Silicon Valley, l’accident industriel devient un vrai cas d’école.
Reniement à 550 000 balles
En s’associant à Jony Ive (l’ex-designer star d’Apple) pour concevoir sa première voiture 100 % électrique, Ferrari pensait certainement s’assurer un esthétisme qui mettrait tout le monde d’accord.
Résultat : un 4 portes dégueulasse de 5 places facturé 550 000 € (640 000 $) qui a sacrifié toute l’agressivité de la marque pour une rondeur totalement insipide. À ça de faire passer le Multipla pour une masterclass de design. Normalement, à ce niveau de prix, tu ne vends pas un déplaçoir aérodynamique qui assure à Rosco le labrador un confort maximal, non, tu vends de l’arrogance, de la tension, une appartenance... UN STATUT !
Mais pas celui du bon père de famille dopé à Carglass et Frank Leboeuf.
Massacre en place publique
Les critiques automobiles et les puristes ont été impitoyables, comparant le Multipla trop cher à une Nissan Leaf avec un mauvais kit carrosserie ou à un vulgaire suppositoire. L’indignation est telle que les clubs de propriétaires officiels militent sérieusement pour que Ferrari retire son logo de la bagnole, estimant qu’une Ferrari sans vroom est tout simplement → une imposture.
Mais le plus gros tacle à la gorge est venu de l’intérieur. Luca di Montezemolo, l’ancien grand patron de Ferrari, a publiquement lâché au bord des larmes : J’espère qu’ils vont au moins retirer le cheval cabré de cette voiture. Avant de conclure par une punchline reprise par toute la presse italienne : C’est au moins une voiture que les Chinois ne copieront pas. Quand tes propres légendes te tirent dessus à balles réelles, c’est que t’as poussé le bouchon un peu loin, Maurice.
Cette réf de boomer pour laquelle j’ai envie de me gifler…
Sanction boursière
Ce rejet viscéral s’est immédiatement transformé en crash financier. Dans les heures qui ont suivi la révélation, l’action Ferrari a plongé de près de 8 % à la Bourse de Milan. Traduction concrète : la marque a effacé entre 4 et 5 milliards d’euros de valorisation boursière en une seule matinée.
Benedetto Vigna, l’actuel PDG, a tenté d’éteindre l’incendie en justifiant que ce prix payait l’innovation (une Tesla bien équipée fait au moins aussi bien pour une fraction du prix…) et visait une nouvelle cible de riches entrepreneurs de la tech. Moi, j’pense surtout que le mec a cru que la puissance de son cheval suffirait à faire avaler une pilule de conformisme à des millionnaires qui achètent justement des Ferrari pour fuir le conformisme. Raté.
Pour une fois, on constate donc que l’aura d’une marque n’a pas toujours valeur de totem d’immunité indestructible. Encore moins quand ton virage à 180 vient arracher l'âme d’un produit hors du temps pour le raccrocher désespérément aux standards ennuyeux d’une époque manquant cruellement d’aspérités.
En se forçant à revenir dans une arène qui ne la concerne plus depuis un moment, Ferrari s'est rabaissée, le temps d’un écart, à devenir un constructeur lambda. Quittant ainsi son piédestal mythologique pour se retrouver subitement en concurrence frontale avec des marques qui font aujourd'hui la même chose, souvent en mieux, et pour cinq fois moins cher.
Certaines institutions peuvent tout se permettre.
Certaines autres... BEAUCOUP MOINS.
Tout est une question de fidélité à son propre mythe.
Au final, le public et le marché ont toujours le dernier mot. S’ils peuvent pardonner l'outrance, le clivage, le prix, la brutalité… Ils pardonnent rarement ce qu’ils perçoivent comme une trahison à ce que tu es.
Mura Masa - Love$ick (ft. A$ap Rocky)
C’était le Presk #77.
On se retrouve la semaine prochaine pour continuer d’entretenir l’idée qu’avec Curaçao, l’Ouzbékistan et le Cap-Vert, on sait plus trop si on regarde une Coupe du Monde ou le catalogue Carrefour Voyages des meilleures destinations 2026.
Enfin…






😎👍
Une Ferrari électrique Bleue, waaahh, je me demande bien si ce qui se passe dans leur réunion ou brainstorming chez Ferrari. En tout cas, on voit qu'ils ont au moins un sens de l'humour. Il ne manquerait plus qu'il fasse appel à Booba pour dessiner leur prochaine voiture ou faire leur com.