Matière... BRUTE
Le selfie à 7 M$ de Kanye / La menace polaire qui affole l'Europe / La DA radicale de Theodora & l'intégrité selon Disiz. Retour sur ceux qui imposent leur autorité sans permission. PRESK #65.
ÉDITO
4 ans que je suis sur les RS.
4 années pendant lesquelles j’ai rarement été dans le sens de la marche attendue.
Si j’ai créé mon propre cadre, persuadé de mes convictions, c’est à la fois parce que mon cerveau déteste qu’on lui impose quoi que ce soit et qu’il rejette toute idée de consensus mou, mais aussi pour assumer jusqu’au bout le principe de l’indépendance. Et si cette route est fort agréable, j’peux te dire qu’elle n’en est pas moins sinueuse.
Parce qu’il y a un gros paradoxe à notre époque : on te sature de dév perso et d’injonctions à la con à l’affirmation de soi, mais dès que tu dépasses un peu et que tu montres VRAIMENT qui tu es, les regards se crispent. On t’interroge, on te juge, on attend la faille parce que tu représentes chez les autres une idée de leurs propres limites. L’authenticité passe alors de concept sexy sur le papier à menace réelle pour le confort des voisins.
Pour ce retour de vacances, on va justement s’intéresser à ceux qui ont choisi la friction. Ceux qui préfèrent construire leur propre système plutôt que de louer celui d’autrui. On va explorer ces trajectoires qui dérangent/attirent parce qu’elles sont radicales, parler de la mue nécessaire pour ne pas finir en parodie de soi-même, et de l’arrogance d’être simplement libre dans un monde où on te demande d’être libre, mais à son idée.
Presk.
BOSS lady
BRANDING : l’art du contrepied.
Au premier coup d’œil, tu vois une énième Bad Bitch du 93 qui vient te raconter à quel point elle s’assume en tant que minorité et va bien te faire enculer.
Approche sexualisée, provoc permanente… Un brin de Shatta… Un soupçon de Bouyon et les raccourcis qu’opère ton cerveau t’emmènent direct dans la zone, légèrement clicheton → Aya Nakamura sous stéroïdes avec BBL en option.
De la conso rapide, de la marginalité banlieusarde un peu has been et trop vulgosse putain.
SAUF QUE, c’est exactement là où elle veut t’emmener, la bougresse → jouer sur les plus gros poncifs pour que tu constates par toi-même que ton esprit étriqué t’a envoyé à droite… alors que tout se passe en réalité… à gauche.
WONDER… LUST.
Instant Wiki : De Cotonou à Lomé en passant par La Réunion, la Grèce, la Bretagne…. Theodora passe son enfance à changer de pays. Cette bougeotte précoce lui ouvre les portes d’un éclectisme qui se retrouve aujourd’hui dans ses sons et lui permet une adaptabilité dont peu peuvent se targuer. Derrière sa pose nonchalante et des textes comme Kongolese sous BBL, il y a aussi, SURTOUT, une tête bien faite passée par les classes prépas et le militantisme associatif. Un environnement propice à la maîtrise des codes de l’élite qu’elle détourne avec plaisir en s’emparant à la perfection du rôle de la fille de quartier dont l’ironie tranchante et la culture agissent comme un bouclier contre le premier degré mortel du rap business.
Prends ça dans la gueule B2O !
OCELOT VS LE BITUME.
Pour couper court à toute méprise concernant ses intentions, Theodora se devait de casser son approche avec une direction artistique incontestablement pointue. C’est en convoquant des références de puriste qu’elle a posé sur la table son autorité :
Michel Ocelot :
Elle transpose le théâtre d’ombres de Princes et Princesses dans l’imagerie urbaine (Desyth) ou se mue en Karaba (Kirikou) dans le clip Des Mythos.
Jean-Paul Goude & Serge Lutens :
Elle s’approprie la géométrie froide et le surréalisme pour sacraliser son image.
Pop Culture Audacieuse :
On y croise du Tim Burton ou du split-screen d’un OSS 117.
Et ça donne… 4 victoires de la musique en 2026.
Qu’on adhère ou qu’on bloque, Theodora opère une sélection naturelle propre à l’exposition. En cherchant cette collision permanente, en prenant de revers, elle filtre son audience pour ne garder que ceux capables de lire entre ses lignes.
Une créativité no permission qui pirate les codes, les digère et renvoie une image de marque à l’insolence magnétique.
C’est ça, s’imposer sans compromis... Mais avec une vision.
NORTH FACE
SPORT BUSINESS : l’anomalie Bodø Glimt.
Bodø, c’est 50 000 âmes pourvues d’un stade de 8 000 sièges niché au bord du cercle polaire où le vent du nord te claque la gueule et où l’obscurité règne la moitié de l’année.
Bodø, c’est surtout une équipe qui vient de se qualifier pour la suite de la compétition de football européenne la plus prestigieuse.
Sur le papier : PUTAIN d’anomalie.
Sur le terrain : PUTAIN de machine parfaitement huilée.
PACTE DE SANG.
Il y a quelques années, Bodø était un club de football à l’agonie. Proche de la rupture, c’est l’investissement de ses propres supporters qui lui a permis de se maintenir en vie. Créant ainsi un contrat moral indélébile entre la ville et son équipe. Cette solidarité est devenue le socle d’un système solide qui rebat les cartes du foot business.
TECH LAB NORVÉGIEN.
Puisqu’ils repartaient de rien, ils ont décidé de miser sur un truc assez simple : ce qu’ils pouvaient contrôler aka la formation & le cerveau.
Le Système Immuable :
Pas de stars achetées à prix d’or. Ils produisent leurs propres talents moulés dans un 4-3-3 immuable, peu importe l’adversaire. Comme dans un film de Fincher où la précision du cadre participe à libérer la créativité des acteurs.
L’arme mentale :
Le club a recruté Bjørn Mannsverk, un ancien pilote de chasse, comme coach mental. En quelques années, il a réussi à transformer la pression en automatisme. On apprend aux joueurs à gérer l’échec et la réussite avec la même lucidité qu’un pilote de F-16 en mission. On en place une pour Tom.
LA TERREUR DU NORD.
En février dernier, ils ont terrassé l’Inter Milan (finaliste 2025) à San Siro pour se qualifier en huitièmes de finale de la LDC. Avant ça, ils avaient obtenu le scalp du City de Guardiola et de l’Atlético de Madrid chez eux, dans ce stade conçu dans un environnement totalement impropre au football.
Un climat dégueulasse, poussant à l’humilité, dont ils ont su tirer partie en bâtissant une équipe qui joue comme si sa vie en dépendait et qui a fini par se faire un nom au milieu des géants.
QUI C’EST LES PLUS FORTS ? ÉVIDEMMENT… C’EST PAS NOUS.
Là où le foot français s’englue dans l’immobilisme et passe son temps à se chercher des excuses avec des budgets 10 fois supérieurs, les norvégiens ont investi judicieusement dans une organisation combinant discipline de fer, ancrage local et créativité totale soutenue par une structure rassurante. Cette mécanique sert parfaitement le storytelling d’un club dont les résultats valident les idées audacieuses pour aboutir à un sentiment d’appartenance viscéral.
Nous rappelant avec joie que l’identité et la rigueur peuvent l’emporter sur le bling-bling.
Respect.
Mais faut arrêter avec les Ø maintenant.
harder, better, faster… STRONGER
MARKETING : Kanye pas si à l’ouest.
Après son divorce fracassant avec Adidas suite à des propos gênants dont il n’est pas coutumier (j’déconne), Kanye West se retrouve privé de la puissance logistique et marketing du géant allemand pour lourder sa marque : Yeezy.
Mais, si je veux bien croire que le monsieur soit infréquentable, on peut lui reconnaître une influence hors norme liée à sa capacité à très très bien maîtriser les codes de la communication.
PUMP UP THE VOLUME.
La première étape de son plan a été de briser le modèle Adidas fondé sur la Hype et la rareté. En reprenant son indépendance, Kanye a opéré un virage à 180 : TOUT, sur Yeezy.com, est passé à 20$. Les Yzy Pods, les hoodies, les t-shirts. TOUT.
En fixant ce prix unique, il a :
Saturé le marché.
Rappelé qui est le patron.
Et que la valeur ajoutée du deal, c’était bibi, pas la marque aux 3 bandes.
PATTERN INTERRUPT.
Étape 2 : c’est pas le tout d’avoir une idée, encore faut-il bien la diffuser. Et Kanye n’a évidemment pas fait les choses à moitié en s’offrant un spot de 30 secondes au… Superbowl : 7 M$ contrebalancés par un coût de production à...
0 $.
Attention, génie → au milieu des blockbusters publicitaires léchés et saturés d’effets spéciaux, Kanye surgit avec une vidéo selfie de merde filmée à l’iPhone dans sa voiture, la voix couverte par… le putain de vent.
Dans cet océan de perfection factice, ce “moche” devient alors un Pattern Interrupt légendaire avec une cherry on the cake d’une insolence rare : “On a tout mis dans le slot, on n’avait plus de thune pour le clip. Allez sur le site.”
Et… C’EST TOUT !
Résultat → +19 M$ de chiffre d’affaires en 24 heures.
autorité TOTALE.
Quand tu atteins l’autorité, tu chopes une carte qui te permet de te dispenser des règles de l’industrie. Tu es identifié comme créatif ? Alors, tout ce que tu fais, même pété, sera considéré comme visionnaire.
Kanye a le cash. Il peut s’offrir le Superbowl pour court-circuiter le système et imposer sa nouvelle économie en 30 sec. Mais ne te trompe pas de combat : si l’argent peut saturer l’espace, c’est l’autorité qui capte l’attention.
C’est cette force-là qui donne à KW cette liberté de se pointer avec un selfie dégueulasse devant 100 M de personnes et de rafler la mise.
Cette force qui anime mon boulot et CETTE FORCE que tu dois viser au quotidien quand tu t’exposes. Ne serait-ce que pour te faciliter la vie.
Si en plus tu maîtrises l’art du rebond, qu’à chaque merde croisée tu cherches à comprendre COMMENT en tirer partie pour retourner la table et sortir en patron… J’dis pas que tu seras inarretâble, mais crois-moi qu’il n’y aura pas beaucoup de gens pour t’arrêter.
DISIZ LUI
CARRIÈRE : des convictions sinon rien.
Pour finir ce Presk, petit hommage à Disiz.
Parce que Disiz, c’est quand même 25 ans de longévité dans l’industrie musicale en étant passé, tel un petit colibri, d’un style à l’autre TOUT EN RÉUSSISSANT à conserver la cohérence de son message, son intégrité.
Intégrité que Disiz n’a donc pas utilisé pour rassurer ses fans, mais pour baser sa création sur son évolution émotionnelle. Là où beaucoup s’acharnent à gratter 3 streams chez des ados de 15 ans, lui sort L’Amour pour traduire sa propre réalité de daron de 40 balais avec une esthétique synth-pop léchée conforme à sa maturité.
Parce que, pour durer, il ne s’agit pas d’enquiller les trends au pif pour se rassurer d’être encore dans le coup. Il faut savoir se mettre en danger, voire s’auto-saboter. Disiz a déconstruit son image de rappeur old school pour donner la perception d’un artiste total, inclassable. Une prise de risque radicale l’amenant à accepter de perdre ceux qui voulaient un J’pète les plombs 2 (qu’il a refusé).
Le renouvellement (cohérent) ne doit pas être vu comme une trahison, mais comme une exigence qui participe à entretenir sa propre créativité et à challenger son audience pour ne pas la laisser se détacher par ennui.
Une marque personnelle n’est pas figée, elle se doit d’évoluer avec nous à mesure que nos sensations évoluent.
Ne pas se créer un personnage… Aller à sa rencontre.
“Des tubes, je sais en faire, mais si j’ai tenu, c’est parce que je ne me suis pas répété. J’ai pris des risques et je suis resté intègre avec mes émotions.” Disiz.
C’était le Presk#65, soit pile celui qui arrive après le #64 (meilleur épisode EVER) et qui annonce inévitablement le #66.
D’ici là, évite de liker ce que t’aimes pas et de ne pas créer ce que t’aimes.
On se retrouve vendredi prochain pour entretenir l’idée que vendre des burgers à 20 balles ne doit pas être étranger au fait que Five Guys te rajoute une portion de frites.
Enfin…






"dès que tu dépasses un peu et que tu montres VRAIMENT qui tu es, les regards se crispent"
Je t'avoue que je suis sois aveugle (je regarde pas les autres) soit sourd (je les entends pas non plus) mais jamais senti cette crispation, ici. En revanche une question m'a chopé le cerveau et ne parvient pas à le lâcher : si peu de personnes m'ont confié avoir eu envie de se dépasser en suivant mes publications, que ça met en lumière l'énorme masse de l'autre camp. Ceux qui n'ont pas avancé d'un millimètre, reproduisent chaque jour le même geste en attendant un résultat différent, publient les mêmes posts claqués qu'il y a 4 ans sans aucune forme d'évolution. Ça leur va d'être les mêmes qu'il y a 10 ans ? 😵
Une bien belle édition, un rien préoccupante cependant : 2 sujets traités étaient dans les sujets de conversation de ma... FILLE le week-end dernier. Watch out 🫵
J'ai vécu 2 ans à Bodø 😅 ! Voir la ville mentionnée dans PRESK c'était pas dans mon bingo 2026 ahah.
La vache, j'en ai des trucs à raconter sur ce coin...